Agonistes du GLP-1 : un signal de risque accru de ruptures tendineuses chez les patients obèses
De nouvelles données suggèrent une association entre l’utilisation des agonistes des récepteurs du GLP-1 (aGLP-1), largement prescrits dans le traitement du diabète de type 2 et de l’obésité, et une augmentation du risque de ruptures tendineuses. Les résultats, présentés lors du Congrès annuel de l’Académie américaine des chirurgiens orthopédiques, mettent en évidence une fréquence plus élevée de lésions touchant principalement la coiffe des rotateurs, le tendon d’Achille et le tendon du grand pectoral chez les patients obèses.
L’étude repose sur une cohorte rétrospective issue de la base de données TriNetX, qui regroupe les dossiers médicaux électroniques de plus de 70 établissements de santé américains. Les chercheurs ont comparé 78 590 patients traités par aGLP-1 à un groupe témoin équivalent n’ayant pas reçu ce traitement, en utilisant une méthode d’appariement prenant en compte plusieurs facteurs susceptibles d’influencer le risque de rupture tendineuse, notamment l’âge, le sexe, l’indice de masse corporelle, l’origine ethnique, le diabète, le taux de cholestérol et la prise de statines.
Sur une période de cinq ans, les patients obèses traités par aGLP-1 ont présenté un risque plus élevé de rupture de la coiffe des rotateurs (2,4 % contre 1,5 %, soit un risque relatif de 1,55), du tendon d’Achille (0,3 % contre 0,2 %, RR 1,49) et du grand pectoral (0,8 % contre 0,5 %, RR 1,46). Chez les patients cumulant obésité et diabète de type 2, les résultats confirment cette tendance avec un risque accru de rupture de plusieurs tendons, notamment la coiffe des rotateurs, le péronier, le quadriceps et le tendon d’Achille. Malgré cette augmentation relative, les auteurs soulignent que le risque absolu reste globalement faible, inférieur à 1 % pour la majorité des ruptures observées.
Plusieurs hypothèses sont avancées pour expliquer ce lien potentiel. Les aGLP-1 réduisent l’appétit et peuvent provoquer des troubles digestifs, susceptibles d’entraîner une malnutrition pouvant fragiliser les tissus musculo-squelettiques. Une perte de poids rapide peut également s’accompagner d’une diminution de la masse musculaire, augmentant la pression exercée sur les tendons. Par ailleurs, les patients qui maigrissent peuvent accroître rapidement leur activité physique sans encadrement adapté, ce qui pourrait favoriser les blessures.
Les spécialistes soulignent toutefois que ces résultats ne remettent pas en cause l’intérêt clinique des agonistes du GLP-1, dont les bénéfices métaboliques sont bien établis. Ils insistent sur la nécessité de mener des études prospectives pour confirmer ce signal de sécurité et mieux comprendre les mécanismes biologiques impliqués. Dans l’attente,
médecins et patients sont invités à évaluer attentivement le rapport bénéfice-risque, en tenant compte notamment des antécédents de lésions tendineuses ou de facteurs
susceptibles d’affaiblir les tendons. Cette étude contribue ainsi à améliorer l’information sur les effets indésirables potentiels de médicaments dont l’utilisation continue de croître dans le monde.