Diagnostic médical peut-on faire confiance à l’IA ?

  • Auteur: Abderrahim Derraji
  • Date: 31 mai 2026
  • Source: PharmaNEWS

Aujourd’hui, au moindre symptôme, une grande partie des patients se tourne spontanément vers son smartphone avant même de solliciter un professionnel de santé. Douleurs abdominales, fatigue inhabituelle, céphalées ou simple toux deviennent ainsi des requêtes adressées à des outils d’intelligence artificielle (IA) générative comme ChatGPT ou d’autres plateformes conversationnelles. Pour beaucoup, les réponses fournies sont perçues comme fiables, objectives et parfois même suffisantes pour orienter une décision médicale. Cette évolution rapide des comportements devrait interpeller les professionnels de santé sur la place réelle que pourrait occuper l’IA dans le parcours de soins.

C’est dans ce contexte qu’une équipe de chercheurs britanniques [1] a conduit une étude randomisée et contrôlée destinée à évaluer la capacité de l’intelligence artificielle à aider les patients à adopter la conduite la plus adaptée face à une situation clinique donnée. L’étude a porté sur 1 298 participants âgés de 18 ans et plus, représentatifs de la population britannique. Les chercheurs leur ont soumis plusieurs scénarios cliniques inspirés de motifs de consultation fréquents en médecine générale et en urgence. Pour chaque situation, les participants devaient identifier la pathologie la plus probable puis choisir le niveau de recours aux soins le plus approprié, allant de l’automédication à l’appel d’une ambulance.

Les participants ont été répartis en quatre groupes. Trois groupes avaient accès à des systèmes d’intelligence artificielle différents, notamment GPT 4o, Llama 3 et Command R+, qu’ils pouvaient consulter librement autant de fois qu’ils le souhaitaient. Le quatrième groupe constituait le groupe contrôle et répondait comment il le fait d’habitudes, y compris en s’aidant d’internet.

Les résultats obtenus sont particulièrement instructifs. Les systèmes d’intelligence artificielle se sont révélés très performants lorsque les scénarios médicaux complets leur étaient présentés par les chercheurs. En théorie, les réponses diagnostiques et les orientations proposées étaient souvent pertinentes. En pratique toutefois, les participants ont rencontré des difficultés importantes dans leur interaction avec ces outils. Les informations transmises à l’IA étaient fréquemment incomplètes ou imprécises, ce qui altérait considérablement la qualité des réponses obtenues. Plus préoccupant encore, de légères variations dans la formulation des symptômes pouvaient conduire l’algorithme vers des conclusions erronées.

L’étude montre également que les participants utilisant l’intelligence artificielle étaient moins performants pour apprécier le degré d’urgence d’une situation clinique que ceux du groupe contrôle. Au final, les réponses fournies avec l’aide de l’IA ne se sont pas révélées globalement plus pertinentes que celles obtenues sans assistance technologique. Ces résultats rappellent une réalité fondamentale de la médecine. Une consultation ne se résume pas à une succession de symptômes ou à une analyse théorique de données. Elle repose avant tout sur l’écoute, l’observation, l’expérience clinique et la capacité du praticien à interpréter ce que le patient exprime parfois difficilement. L’intelligence artificielle excelle dans le traitement algorithmique de l’information, mais elle demeure encore limitée face à la complexité de la relation humaine et du raisonnement clinique contextualisé.

L’avenir de l’intelligence artificielle en santé semble donc moins dépendre de ses performances techniques que de sa capacité à s’intégrer de manière pertinente dans la pratique médicale réelle. L’IA ne doit pas remplacer les professionnels de santé, mais les assister afin d’optimiser leurs pratiques.

[1] Univadis