Ebola en RDC : un essai clinique inédit pour prévenir la maladie après exposition
L’Organisation mondiale de la santé (OMS) a franchi une étape importante dans la lutte contre Ebola en annonçant le lancement du premier essai clinique destiné à évaluer un traitement préventif chez des personnes exposées au variant Bundibugyo du virus. Menée en République démocratique du Congo (RDC), cette étude pourrait ouvrir une nouvelle voie dans la prévention de cette maladie particulièrement meurtrière, pour laquelle aucun vaccin ni traitement spécifique n’est actuellement disponible contre cette souche.
Baptisé EBO-PEP, cet essai évalue l’efficacité de l’antiviral expérimental obeldesivir, développé par le laboratoire américain Gilead Sciences. Administré par voie orale, ce médicament sera proposé à des personnes âgées de 12 ans et plus ayant été en contact direct avec un cas confirmé d’infection au cours des cinq jours précédents, mais ne présentant encore aucun symptôme. L’objectif est de déterminer si une prophylaxie post-exposition peut empêcher le développement de la maladie ou en réduire la gravité.
Près de 1 000 volontaires devraient être recrutés dans le cadre de cette étude. Chaque participant fera l’objet d’un suivi quotidien pendant 21 jours, correspondant à la période maximale d’incubation du virus, avant une évaluation finale au 42e jour. Cette méthodologie permettra d’apprécier avec précision l’efficacité et la tolérance du traitement.
L’obeldesivir a déjà montré des résultats encourageants lors d’études précliniques contre plusieurs filovirus, la famille de virus responsable des fièvres hémorragiques, dont Ebola. Toutefois, seule une évaluation chez l’être humain permettra de confirmer son intérêt clinique.
Le directeur général de l’OMS, Tedros Adhanom Ghebreyesus, a salué le lancement de cet essai, estimant que « chaque découverte commence par l’espoir ». Selon lui, si ce traitement démontre son efficacité chez les personnes à haut risque après exposition, il pourrait constituer une avancée majeure pour protéger les cas contacts et limiter la propagation de l’épidémie.
L’épidémie actuelle de Bundibugyo a été déclarée le 15 mai dans la province de l’Ituri, au nord-est de la RDC. Cette région, confrontée à une forte insécurité liée à la présence de groupes armés, complique considérablement les opérations de surveillance et de prise en charge. Les autorités sanitaires recensent déjà plus de 1 960 cas et plus de 700 décès, mais l’OMS estime que le nombre réel d’infections pourrait être deux à quatre fois supérieur aux chiffres officiels.
En parallèle, un second essai clinique a débuté début juillet en Ituri afin d’évaluer deux traitements destinés aux patients déjà infectés : l’anticorps monoclonal MBP134 et l’antiviral remdesivir, administrés seuls ou en association. Ces recherches devraient se poursuivre pendant plusieurs mois, voire jusqu’en 2027, afin de réunir suffisamment de données pour déterminer leur efficacité.
Ces différents essais illustrent l’intensification des efforts de la communauté scientifique face à une épidémie qui continue de dépasser les capacités de riposte. Si les résultats sont concluants, ils pourraient transformer durablement la prise en charge des flambées d’Ebola et offrir de nouveaux outils pour protéger les populations les plus exposées.