Allaitement maternel : le premier « vaccin » que trop d’enfants ne reçoivent pas
Il existe un geste qui ne coûte presque rien, ne nécessite ni technologie de pointe ni innovation pharmaceutique, mais qui sauve chaque année des centaines de milliers de vies. Ce geste n’est autre que l’allaitement maternel.
Pourtant, en 2026, il reste encore inaccessible ou insuffisamment soutenu pour des millions de mères à travers le monde.
À l’occasion de la Semaine mondiale de l’allaitement maternel, l’UNICEF et l’Organisation mondiale de la Santé ont rappelé que les systèmes de santé semblent parfois oublier que l’allaitement est l’un des investissements les plus rentables qu’une société puisse faire.
Pour le nourrisson, le lait maternel constitue un véritable bouclier biologique. Il apporte les nutriments indispensables, renforce les défenses immunitaires, protège contre de nombreuses infections et favorise le développement cérébral. Pour la mère, les bénéfices sont tout aussi remarquables, puisqu’il réduit notamment le risque de cancer du sein, de cancer de l’ovaire et de diabète de type 2.
Les progrès réalisés ces dernières années sont encourageants. D’après l’OMS, la proportion d’enfants nourris exclusivement au sein pendant leurs six premiers mois est passée, à l’échelle mondiale, de 37 % en 2012 à plus de 47 % aujourd’hui. La poursuite de l’allaitement jusqu’à l’âge de deux ans progresse également. Ces résultats démontrent qu’il est primordial d’investir dans l’accompagnement des familles.
Mais derrière ces chiffres encourageants se cache une réalité beaucoup moins reluisante. Les services de soutien restent insuffisants, les congés de maternité sont encore trop souvent inadaptés, les conseils spécialisés demeurent inégalement accessibles et le marketing agressif des substituts du lait maternel continue d’influencer les choix des familles. Or, les données scientifiques sont sans appel : un accompagnement de qualité assuré par des professionnels de santé et une réglementation stricte de la promotion des substituts du lait maternel figurent parmi les interventions les plus rentables en santé publique.
Les bénéfices dépassent largement le seul domaine médical. Selon les estimations internationales, une généralisation de l’allaitement permettrait d’éviter près de 400 000 décès d’enfants et 140 000 décès maternels chaque année. Plus remarquable encore, chaque dollar investi dans la promotion de l’allaitement générerait environ 59 dollars de retombées économiques grâce à la diminution des dépenses de santé, à une meilleure réussite scolaire et à une productivité accrue tout au long de la vie.
Le Maroc ne peut malheureusement pas se satisfaire de sa situation actuelle. Les chiffres du ministère de la Santé montrent que seulement 42 % des nouveau-nés sont mis au sein durant la première heure suivant la naissance et qu’à peine 35 % bénéficient d’un allaitement maternel exclusif pendant les six premiers mois. Ces indicateurs restent très en deçà des ambitions nationales et traduisent un véritable enjeu de santé publique.
La campagne nationale lancée avec le soutien de l’Initiative nationale pour le développement humain (INDH) constitue une étape importante. Sensibiliser les familles est indispensable, mais cela ne suffira pas. Il faut également former davantage les professionnels de santé, développer les consultations d’accompagnement à l’allaitement, protéger les mères dans leur vie professionnelle et garantir l’application du Code international de commercialisation des substituts du lait maternel.
Le thème retenu cette année, « L’allaitement pour un départ durable dans la vie : renforcer les mesures qui ont fait leurs preuves », résume parfaitement l’enjeu. Derrière chaque mère qui allaite se trouvent un système de santé, une famille, un employeur et une société qui peuvent soit faciliter ce choix, soit le rendre impossible. L’allaitement ne relève donc pas uniquement d’une décision individuelle. C’est un choix collectif qui conditionne la santé des générations futures. Et il est difficile d’imaginer un investissement offrant un rendement humain, sanitaire et économique aussi élevé.
Source : OMS (who.int).