Vaccin contre le zona : Shingrix pourrait aussi protéger le cœur

  • Auteur: Abderrahim Derraji
  • Date: 5 septembre 2026

Et si la vaccination contre le zona avait des bénéfices dépassant largement la prévention de cette infection douloureuse ? Une étude publiée fin août 2026 dans Nature Medicine suggère que le vaccin recombinant Shingrix pourrait également réduire le risque de certaines maladies cardiovasculaires.

Deux technologies vaccinales ont été utilisées contre le zona : le vaccin vivant atténué Zostavax et le vaccin recombinant Shingrix. Ce dernier s’est progressivement imposé dans de nombreux pays en raison de sa meilleure efficacité contre le zona, notamment chez les personnes âgées et immunodéprimées.

Depuis quelques années, plusieurs travaux suggèrent cependant que les bénéfices de cette vaccination pourraient aller au-delà de la prévention du zona. Des études observationnelles ont notamment évoqué une diminution du risque de démence chez les personnes vaccinées, particulièrement avec Shingrix. La composante vasculaire de nombreuses démences a conduit des chercheurs de l’Université d’Oxford à explorer un éventuel effet cardiovasculaire.

Pour limiter le biais classique du « healthy vaccinee » — les personnes vaccinées étant souvent en meilleure santé ou davantage engagées dans leur prévention que les non-vaccinées —, les chercheurs ont adopté une approche originale. Ils ont profité du remplacement rapide de Zostavax par Shingrix aux États-Unis, intervenu en octobre 2017.

L’étude a ainsi porté sur 72 920 adultes de plus de 60 ans, tous vaccinés contre le zona. La moitié avait reçu Zostavax dans les mois précédant la transition, l’autre Shingrix dans les mois suivants. Les chercheurs ont ensuite comparé la survenue d’événements cardiovasculaires : AVC ischémique, cardiopathie ischémique et insuffisance cardiaque.

Après trois ans et demi de suivi, Shingrix était associé à une réduction de 12 % du risque global de maladie cardiovasculaire par rapport à Zostavax. L’association était particulièrement marquée pour l’insuffisance cardiaque, avec une diminution de 16 %, et pour les cardiopathies ischémiques, avec une baisse de 13 %. Chez les hommes, une réduction de 5 % du risque d’AVC était également observée. Une association favorable concernait aussi la fibrillation atriale.

L’effet protecteur diminuait progressivement avec le temps mais demeurait significatif après sept années de suivi.

Comment l’expliquer ? Deux hypothèses sont avancées. La meilleure prévention du zona par Shingrix pourrait éviter certains phénomènes inflammatoires susceptibles de favoriser les événements cardiovasculaires. Son adjuvant AS01 pourrait également intervenir en modulant durablement certaines réponses immunitaires, notamment la production d’IL-6, cytokine impliquée dans plusieurs pathologies cardiovasculaires.

Ces résultats sont prometteurs, mais ne démontrent pas encore un lien de causalité. Des essais prospectifs sont nécessaires avant de pouvoir considérer la protection cardiovasculaire comme un bénéfice établi de Shingrix. Des études sont déjà en cours, notamment au Danemark, avec des résultats attendus en 2027. Si ces données se confirmaient, la vaccination contre le zona pourrait bien révéler une nouvelle dimension : protéger contre le zona, certes, mais peut-être aussi contribuer à protéger le cœur.