Deux patients sauvés grâce à des virus

  • Auteur: Abderrahim Derraji
  • Date de publication: 26 septembre 2017
  • Source: Le Figaro 

Deux malades souffrant d’infections ostéoarticulaires gravissimes ont pu bénéficier, à titre «compassionnel et expérimental», d’un traitement à base de bactériophages. Grâce à ces virus tueurs de bactéries, les deux infections ont pu être rapidement contrôlées ce qui constitue une première en France.

Bien que l’efficacité de ces bactériophages soit connue depuis les années 20, la découverte des différentes familles d’antibiotiques les a relégués aux oubliettes. Mais l’apparition des multi-résistances a poussé une équipe de l’hôpital de la Croix Rousse à Lyon (HCL) à tester ces phages pour les exploiter dans la prise en charge des infections à germes résistants.«Chaque bactériophage s’attaque à une bactérie bien précise», explique le Pr Tristan Ferry, chef du service des maladies infectieuses aux Hospices civils de Lyon. Et d’ajouter : «Le virus se fixe à la bactérie, pénètre à l’intérieur et s’y multiplie. La bactérie finit par éclater et relarguer des dizaines de copies du virus originel». En pratique, il faut mettre en contact un phage avec la bactérie correspondante ce qui permet leur multiplication.

Cette phase est suivie par une phase de purification permettant de se débarrasser des résidus de bactéries et des toxines et d’éviter de graves réactions. Le premier patient traité par les phages avait une soixantaine d’années et souffrait d’un cancer métastatique du poumon. Il avait une prothèse au niveau de l’articulation sacro-iliaque, infectée par un Pseudomonas aeruginosa multirésistant. Les médecins l’ont alors opéré pour lui injecter les bactériophages directement sur le lieu de l’infection.

D’après le Pr Ferry, six semaines de traitement ont suffi pour que le patient soit complètement cicatrisé. Ce patient a tout de même succombé peu de temps après des suites de son cancer du poumon. La deuxième patiente, âgée de 80 ans, avait une infection par trois espèces bactériennes au niveau de sa prothèse de hanche depuis deux ans. L’injection d’un cocktail de phages dirigé contre les bactéries a permis à cette patiente, qui a fait l’objet d’antibiothérapie, de guérir de son infection et de marcher de nouveau. Selon le Pr Ferry, dans un futur proche, et dans un contexte où la résistance des bactéries aux antibiotiques s’accentue, les phages pourraient s’avérer être de précieux alliés.